Abigaëlle

Abigaëlle, comme toutes les petites filles, sauf Barbara, aime porter du rose.

Elle a 7 ans, elle aime sa famille et ses amis, elle joue, elle saute à la corde… il semble que c’est une petite fille heureuse.

Mais Abigaëlle a un grand secret dont elle n’a jamais parlé à personne. C’est un secret qui est lourd pour son cœur de petite fille. Elle a un grand projet, aussi.

Chaque fois que Maman la gronde, elle élabore un peu plus son projet.
Chaque fois que Papa n’est pas disponible pour faire ce qu’elle aimerait, elle élabore un peu plus son projet.
Chaque fois que Jill, sa gentille maîtresse, lui donne un mauvais point, elle élabore un peu plus son projet.
Chaque fois qu’elle se dispute avec son frère Achille, elle élabore un peu plus son projet.

Et chaque fois qu’elle pense à son lourd secret, cela lui donne l’envie de réaliser plus vite son projet.

Son lourd secret, dont il ne faut parler à personne, c’est qu’elle a été adoptée. Personne ne veut le lui dire, simplement, elle l’a deviné un jour où elle était chez son parrain. Sa maman l’appelle Ma chérie, Mon coeur, Mon poussin, Mon lapin, et autres sobriquets qui disent tout son amour pour elle. Son papa, lui, l’appelle Fille, ou Ma petite Abigaëlle, ou Mon sucre (!). Son frère, lui, l’appelle, selon son humeur, et son humour, Truc Muche, ou Monstresse…
Mais son parrain, depuis toujours, lui, il l’appelle uniquement Princesse Abigaëlle. C’est ainsi qu’elle a compris qu’elle était une princesse d’un royaume lointain, enlevée à ses vrais parents pour empêcher une méchante fée de l’atteindre, certainement ! Alors, son grand projet, c’est de partir, avec son parrain, reconquérir son royaume. Mais vous comprenez bien qu’elle ne veut pas effrayer Maman qui aurait trop peur, ou fâcher Papa qui serait vexé de ne pas avoir été choisi comme chevalier ! Donc elle se tait et garde son secret…

Mais quand elle sera grande, c’est sûr, elle ira ! Il faudra quand même qu’un jour, elle se jette à l’eau et demande à son parrain où est ce royaume dont lui seul sait qu’elle est princesse !!! Elle scrute chaque fois qu’elle peut les carte du monde qui lui tombent sous les yeux !

Merci à Jill Bill d’accueillir la petite princesse rêveuse et pleine d’imagination qui s’est glissée dans la cour de récré ! Et un petit clin d’oeil à Princesse Aby dont le nom d’artiste m’a donné le point de départ pour cette nouvelle.

Image de printemps

Carole aime les saisons qui se succèdent et nous propose cette semaine de photographier le printemps.

Voilà ma photo préférée, même si ce n’est pas la plus belle, même si elle n’est pas nette, c’est une hirondelle dans le ciel de Genève. C’est ma préférée parce que même si une hirondelle ne fait pas le printemps, lorsqu’elles sont là, on sait que la belle saison n’est plus très loin.

Bourgeon créatif semaine 14 image de printemps6 Les bottes rouges

 

Une série sur l’anémone pulsatile qui fleurit dans le jardin. Je l’ai achetée défleurie, à vil prix, et ma mère me l’avait déconseillé, arguant que je n’étais pas certaine qu’elle refleurirait. J’en ai pris soin (mais pas trop) tout l’été, tout l’hiver, et voilà ma récompense ce printemps :

Bourgeon créatif semaine 14 image de printemps5 Les bottes rouges

Bourgeon créatif semaine 14 image de printemps4 Les bottes rouges

Bourgeon créatif semaine 14 image de printemps3 Les bottes rouges

Bourgeon créatif semaine 14 image de printemps2 Les bottes rouges

 

Une jonquille d’un jaune bien printanier

Bourgeon créatif semaine 14 image de printemps1 Les bottes rouges

Des œufs teints pour Pâques, parce que même si c’est une fête mobile, elle tombe toujours au printemps. Cette année, j’ai trouvé de très belles couleurs qu’on peut faire sans les bouillir (on cuit les œufs avant et on profite de ce qu’ils sont chauds). On applique ensuite dessus une feuille argentée qui fait les mouchetures métallisées (on les voit surtout sur le rouge).

Bourgeon créatif semaine 14 image de printemps7 Les bottes rouges

 

Le printemps, c’est aussi le moment des plantations diverses et variées dans le jardin. Ici, une pivoine qui fleurira l’an prochain, j’imagine…

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Ensuite, un bourdon affamé qui apprécie de trouver des chatons en fleurs.

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Et enfin, des bourgeons de mélèze à peine éclos… Dire que dans quelques semaines, l’arbre sera couvert d’épines comme un sapin (sauf qu’elles sont douces).

Bourgeon créatif semaine 14 image de printemps9 Les bottes rouges

 

Voili, voilà. Beau printemps à tous.

Lucien

 

Il est 7 heures ce matin quand Lucien ouvre les yeux. Comme d’habitude.

Vite, vite, il s’habille, il veut éviter d’être en retard (2 fois la semaine dernière). Le lundi matin, les 5èmeA du collège Victor Hugo commencent par la biologie. Et la prof n’est pas commode avec les retardataires.

Vite, vite, il passe à la salle de bains pour une toilette de chat.

Vite, vite, il déjeune… Et puis, il réalise que rien ne bouge dans la maison. Certes, personne ne fait attention à lui lorsqu’il part le matin, mais à ce point-là… Il croise toujours sa mère qui cherche ses clefs (elle part à 7 heures 05). Ou son frère qui croque ses pétales de maïs avant de filer au lycée, il part bien plus tôt que Lucien. Et puis, il y a les voisins du dessus qui font du bruit, la maman crie, les filles aussi… ça met de l’ambiance. Seul Népomucène, le poisson rouge posé sur le vaisselier, ne fait pas de bruit le matin… ni à aucun autre moment, du reste !

A 8 heures moins 20, Lucien file au bus. Et attend. Et attend. Rien ne vient. Il regarde sa montre radio-pilotée… et ne sait s’il doit rire ou pleurer. Il est 9 heures moins 20. Son bus est passé une heure plus tôt… Il a oublié de changer l’heure de son réveil !!!

Voili, voilà. Ca vous est déjà arrivé, à vous, de louper le changement d’heure de mars et d’arriver une heure en retard ? Ou de louper celui d’octobre, ce qui vous met une heure en avance ?

Eztitxu

J’ai 15 ans. Je suis basque et j’ai toujours vécu à Irouléguy, en Basse-Navarre. J’étais bien là-bas. Je me sentais chez moi, tout simplement. Mon passeport français, ma carte vitale et l’inscription Liberté, Egalité, Fraternité au front de l’école m’ont toujours laissé croire que ce sentiment d’appartenance, c’était le sentiment d’être française.

Et voilà que mon père a été muté à Bourges. Ma mère a trouvé pour notre famille une jolie maison à Humbligny. Avant d’y arriver, j’aimais bien le nom, je trouvais qu’il ressemblait à celui de mon village. C’est encore plus petit.

Me voilà scolarisée au collège Béthune-Sully à Henrichemont. C’est drôle, parce que cette ville s’appelle comme ça en honneur de Henri IV. Il venait de Navarre, lui aussi.

Ici, je me sens étrangère. Rien ne va plus bien dans ma vie. Je peine à me faire des amis. On ne me parle pas dans la cour de récréation. On se moque de mon accent, on se moque de mes habitudes.

… et le pire, on écorne toujours mon prénom. Je m’appelle Eztitxu. Et ça se prononce Estitchou. Ca veut dire Petite Douceur en basque, mais ici, la douceur, je la cherche au quotidien !!!

… En vain.

Voili, voilà, je compte sur Jill Bill pour mettre un peu d’ordre dans la cour de récré et permettre à Eztitxu de trouver ses marques !

T-shirts pour grossesse

Une amie très chère m’a annoncé sa grossesse il y a quelques semaines.

J’ai personnalisé pour elle 2 t-shirts basiques trouvés chez H&M. J’espère qu’il lui plairont et qu’elle les portera.

Bourgeon créatif t-shirt pour grossesse1

Bourgeon créatif t-shirt pour grossesse2

Et bien sûr, une petite carte pour aller avec… Un petit cœur pour lui dire mon amitié, dans le même tissu que le point d’interrogation du t-shirt noir, et du papier noir à paillettes comme utilisé sur le t-shirt blanc…

Bourgeon créatif carte pour grossesse2

Voili, voilà.

Carte printanière

Pour le défi inspiration du CoffeeScrap en mars, il fallait partir de cette image:

et j’ai fait cette carte arrosoir (fichier SVG sur demande) :

Bourgeon créatif inspiration printemps arrosoir CoffeeScrap mars 2015

Je l’ai réalisée 6 fois… et envoyée à diverses personnes, pour les retours que j’en ai eus, elle a beaucoup plu.

Je vous montre 2 enveloppes réalisées pour l’envoyer :

Bourgeon créatif enveloppe inspiration printemps arrosoir CoffeeScrap mars 2015

et l’autre :

Bourgeon créatif enveloppe2 inspiration printemps arrosoir CoffeeScrap mars 2015

Voili, voilà.

Paco

 

Tout comme il y a des vieux qui n’ont rien appris de leur vie et sont des vieux c***, il y a, mais on en parle beaucoup moins, de jeunes sages.

Paco était de ceux-là. Et il voulait devenir sâdhu.

Bien sûr que personne n’était pour, dans son entourage.

D’abord, l’Inde, c’est trop loin, disait sa sœur. Paco ne l’écoutait pas, bien qu’elle soit la personne dont il se sentait le plus proche.

Ensuite, sa mère n’avait pas mis au monde un fils pour qu’il ne lui donne pas de descendance. Paco ne l’écoutait pas.

Son père se lamentait de ce que personne n’allait reprendre l’entreprise familiale, de père en fils depuis 1854… Son grand-père renchérissait. Paco ne les écoutait pas.

L’Inde, ce n’est pas notre culture, tu vas le regretter… d’autant qu’il n’y a même pas de Nutella, là-bas, relevait son meilleur ami. Paco ne l’écoutait pas.

Les profs arguaient que l’Education nationale n’avait pas investi dans son éducation pour qu’il aille vivre comme un sauvage dans une grotte, mais pour qu’il travaille et aide à augmenter le PNB du pays, pour qu’il soutienne la croissance. Paco ne les écoutait pas.

La conseillère d’orientation expliqua qu’elle n’avait rien dans ses dossiers qui décrive le cursus pour devenir sâdhu, et que, partant, c’était certainement une mauvaise idée. Paco ne l’écoutait pas.

Paco n’écoutait personne. En fait, c’est nous qui aurions dû l’écouter.

Un temps, vers 15-16 ans, il sembla se ranger à nos opinions. Mais le jour de ses 18 ans, avec l’argent mis de côté sou après sou, il commanda un billet d’avion pour Bombay, et il partit quelques semaines plus tard, juste après son bac, avec pour tout bagage un sac à dos, quelques vêtements et son passeport.

De l’aéroport, il n’envoya qu’une seule carte postale, de ce que j’en sais. Elle est datée du 30 juin 1990. Et c’est moi qui l’ai reçue. Il disait qu’il était bien arrivé, mais que comme personne ne comprenait son choix de vie, il lui était plus facile de disparaître que de garder contact avec ceux que, pourtant, il aimait profondément et respectait. Et qu’il était heureux de savoir que cette vie qu’il allait mener le comblerait. Il se demandait s’il avait réussi son bac.

Depuis, tous les 30 juin, il m’envoie une carte postale. Il ne dit rien, ou si peu. Mais je sens le soleil de sa vie illuminer son écriture. Et je sens qu’il a fait le bon choix pour lui.

Aujourd’hui, au soir de ma vie, je me dis que j’aurais dû faire part de l’existence de ces cartes postales à Elise, sa mère, ma fille, et qu’elle aurait, peut-être, mieux compris certaines choses… Quand j’ai reçu la première, Elise était beaucoup trop affectée par le départ de Paco. Et puis, elle était sûre qu’il allait revenir, la tête basse, expliquer qu’il s’était trompé et reprendre ses études. J’ai préféré ne pas lui en parler. En plus, j’ai pensé qu’il lui écrirait, à elle aussi. Mais non. Ensuite… eh bien, c’était trop tard pour en parler. Il aurait fallu justifier que je ne l’avais pas fait plus tôt. Ainsi le secret des cartes s’est-il scellé dans ma poitrine et je n’en ai jamais parlé à personne. Je les relis toutes, tous les 24 mars, parce que c’est l’anniversaire de Paco. Aujourd’hui, il a 43 ans. Comme toute la famille, je pense à lui. Mais personne n’en parle jamais. Et pourtant, qu’est-ce que ça nous ferait du bien !

Elise trouvera ces cartes dans mes archives après ma mort, et alors peut-être qu’elle lui pardonnera son départ… mais me pardonnera-t-elle, à moi, de lui avoir caché qu’il m’avait écrit ?

Voili, voilà, un petit Paco passé par la cour de récré chez Jill Bill avant de grandir et de choisir un autre chemin. Je profite de cet article pour vous conseiller vivement le documentaire Sâdhu, de Gaël Métroz. Note : cette nouvelle ne décrit pas le film ; je l’ai vu il y a plus de deux ans et je n’avais jamais entendu parler des sâdhus avant. C’est le seul point de rencontre entre le film et ma nouvelle. Pour le reste : Toute ressemblance avec des personnages existants ou ayant existé ne serait que pure coïncidence.