L’interro


Ce matin, la maîtresse pose devant chaque enfant une feuille d’interro. Ils le savaient et pour la plupart, se sont donné la peine de réviser.

Les questions portent sur l’origine de l’univers, la théorie du Big-Bang et tout ça… La maîtresse, qui n’aime pas donner de mauvaises notes, décide de faire des questions faciles, cela permettra aux mauvais élèves de remonter un peu leur moyenne, et aux bons d’avoir une victoire facile. Ca aide aussi à garder confiance en soi…

L’interro se passe sans histoire, les enfants rendent leurs copies et sortent en récré.

… et la maîtresse commence les corrections… Elle n’en croit pas ses yeux!

A la question « Quelle théorie scientifique explique que l’univers est né d’une explosion il y a 14 milliards d’années? »
– Chilpéric, manifestement encore à Londres dans sa tête, a répondu « le Big Ben »;
– Eusébie a associé explosion et terrorisme, et elle a répondu « Al Qaïda ou Daesch, je sais plus ». Cela ferait rire si ce n’était pas si triste.
– Bibiane, elle, a commenté que cette théorie était certainement fausse, « parce qu’une explosion, ça détruit et ça construit pas! »
– Matthéo, prêt à monter un groupe de jazz, rapporte que cette explosion s’appelle le Big Band.
– Crépin, qui n’a pas encore atterri après avoir vu « Le Réveil de la Force », a écrit « voie lactique »… à moins qu’il n’ait trop regardé les publicités qui parlent de l’acide lactique…

Question suivante: « Comment s’appelle notre galaxie? »
– Pour Théophraste, c’est la Terre, pour Gérard, l’air, pour Japhet, l’eau. Ne manquerait plus que l’un ou l’autre réponde « le feu » et les 4 éléments seraient présents… On y presque, du reste, puisque Marie-Antoinette pense que c’est le Soleil…
– la maîtresse rit beaucoup aussi de l’orthographe adoptée par ses élèves… Marine a écrit la Voylacter, Sybille, la voix laitière (elle a bien écouté l’histoire, mais pas tout retenu!), Wandrille, lui, a écrit en un mot voilacté, sans parler de la voile Actée de Julien, Justine a écrit « Voie laquée », puis elle a corrigé en écrivant « Voie laquetée ».

Ensuite, une phrase à compléter: « Auparavant, on pensait que la terre était… ; aujourd’hui, on sait qu’elle est… »
– Estelle pense qu’avant, on pensait qu’elle était petite, et que maintenant, on sait qu’elle est grande, alors que pour Julie, qui pourtant n’est pas du tout près d’elle en classe, avant on pensait qu’elle était grande et maintenant, on sait qu’elle est petite… Tout est relatif, finalement, Albert vous le dirait!
– Pour Japhet, (tiens, encore lui!), avant, on pensait qu’elle était ovale (écrit « auvale »…)!

Enfin, dernière question, une autre phrase à compléter: « Les bactéries ont été la première forme de … sur terre ».
– Marilyne a répondu que ça avait été la première forme d’humains… elle rejoint assez Mikael pour qui c’est la première forme d’animaux.
– Pour Théo, il faudra l’équiper d’un tournevis, car les bactéries ont été, écrit-il, la première forme de vis… Cruciforme ou plate? Il ne précise pas!
– Carine estime qu’elles ont été la première forme de maladie… sans se demander qui elles ont pu rendre malade, quant à Quentin, il a répondu que c’était la première forme de parazzite (orthographié tel quel!).

Finalement, la jeune femme se faisait tout un monde de perdre sa pause à faire ces corrections, mais elle s’est bien détendue et a beaucoup ri. Elle regrette maintenant d’avoir jeté tous ses cahiers d’écolière, car il lui semble qu’il y aurait aussi eu de quoi rire de longs moments… et de quoi partager avec les autres maîtresses! Elle se rend compte que ses institutrices ont dû rire, elles aussi! Il lui revient cette maxime de Joseph Folliet: « Bienheureux ceux qui savent rire d’eux-mêmes: ils n’ont pas fini de s’amuser. » Après s’être amusée aux dépens des chères têtes blondes que l’éducation nationale lui confie, elle rit maintenant de ses propres étourderies.

Voili, voilà, un tir groupé pour la cour de récré de Jill Bill… Désolée de ne pas être plus présente, mais mes journées n’ont malheureusement que 24 heures!!! Ma vie ressemble un peu à ça en ce moment…

trop de travail

Gisèle

Gisèle et Lucienne sont inséparables depuis toujours. Elles aiment médire de leurs voisins, du quotidien, de l’actualité, de la vie qui passe…

Elles ont un style d’enfer…

Elles me font rire.

Je les aime parce que leur humour décapant et leur regard décalé sur les autres, les incompréhensions dont elles témoignent souvent me font voir la vie autrement.

Bien sûr, je veux parler de ces deux délicieuses dames un tantinet désuètes… Vous avez reconnu sans peine les Vamps!

Gisèle, donc, héroïne du jour:

Et pour finir, l’un de leurs petits numéros, les voici dans un centre bien-être… au lieu d’aller rejoindre les autres à la cour de récré de Jill Bill!

Une petite anecdote: à la maison, toutes nos filles sont appelées Gisèle quand elles font la mauvaise tête, quand elles sont bougonnes… on se demande bien pourquoi?!?!

Voili, voilà, ce n’est pas une nouvelle, mais un petit clin d’œil cette fois.

Baptiste

Tous les matins, Maman quitte la maison à sept heures moins un quart. Elle prend soin de réveiller les trois enfants d’un tendre bisou et elle file…

Thomas, Baptiste et Irène se lèvent, s’habillent, déjeunent, se débarbouillent et se brossent les dents (pas toujours…) puis ceux qui veulent aller à pieds partent.

Papa, lui, se lève à sept heures et demi, s’habille à toute vitesse, descend l’escalier, met son manteau et ses chaussures et amène en voiture les enfants qui sont encore à la maison. Papa, il faut le dire, déteste se lever le matin et il fait tout au dernier moment. Quand les enfants étaient plus petits, Maman le forçait à se lever pour s’occuper d’eux, mais maintenant, ce n’est plus nécessaire…

Donc, ce matin, quand Papa arrive dans l’entrée, il n’y trouve qu’Irène, qui sagement s’est préparée. Il faut dire qu’elle attend toujours Papa, contrairement aux garçons…

Papa prend la main de sa petite dernière, et ensemble, ils se rendent sur le parking, montent en voiture et filent à l’école. C’est pratique que Papa soit instituteur justement dans la même école.

Irène file en maternelle et Papa rentre dans sa classe. Il accueille les élèves et la matinée se passe comme d’habitude.

Et c’est l’heure tant attendue de la récréation. Les enfants adorent ce moment car Jill, la jeune femme qui surveille la cour, a toujours une blague à leur raconter, elle est toujours attentive à leurs petits bobos, toujours prête à écouter leurs petits secrets. Et même, elle joue au loup avec eux!

Papa se rend dans la cuisinette et met en route la machine à café. Mme Louson, la maîtresse de Baptiste, arrive vers lui, énervée.

– Eh bien, chère Collègue, le café était trop chaud, ce matin?
– Laisse donc mon café en dehors de la conversation… Je déteste qu’on ne me prévienne pas quand un enfant est absent. Et que ça vienne de toi, alors que tu es mon collègue et qu’il t’était si facile de venir me prévenir, je trouve cela déplorable.
– Comment ça, que ça vienne de moi?

A l’instant où il prononce cette phrase, Papa se rend compte que Mme Louson est en train de lui dire que Baptiste n’est pas là… Sans attendre la réponse de son acariâtre collègue, Papa se rend dans la cour. Il cherche Baptiste, ne le trouve pas, alors il cherche Thomas, qui joue au foot avec les autres garçons. En général, les enfants et Papa ne se parlent pas pendant l’école, cela évite de susciter des jalousies avec les autres enfants.

– Eh, Thomas, y’a ton père!

Thomas, surpris, se retourne. En effet, Papa lui fait signe. Il voit tout de suite que quelque chose cloche. Papa demande à Thomas s’il a fait route avec Baptiste pour venir à l’école. Mais non, lorsque Thomas est arrivé pour déjeuner, Baptiste était déjà parti.

Papa retourne dans sa classe. Il appelle l’hôpital. Non, aucun piéton n’a été renversé ce matin. Il appelle Maman, qui s’inquiète à son tour. Papa la tiendra au courant dans la matinée. Il retourne à la cuisinette et interpelle 5 collègues. Après la récréation, ses élèves de CE2 seront répartis dans d’autres classes. Papa refait, à pieds, le chemin entre l’école et la maison. Il regarde partout pour voir s’il trouve Baptiste, blessé, malade ou inconscient. Il arrive à la maison. Il n’a trouvé personne. Papa est vraiment très inquiet. Il appelle la police, qui assure qu’elle arrive. Il appelle Maman, qui va rentrer du travail tout de suite.

Dix minutes plus tard, dans le salon se trouvent Maman, Papa et deux policiers. Ils expliquent qu’il ne faut pas perdre de temps. Un accident n’est pas exclu, mais ce peut aussi être un enlèvement. Maman est dans tous ses états, Papa se tait mais il suffit de le connaître pour savoir qu’à l’intérieur de lui, une tornade est en train de tout dévaster. Les policiers appellent du renfort, et demandent à voir des photos de Baptiste, que Maman leur montre sur son téléphone. Comment était-il habillé ce matin? Personne ne sait, personne ne l’a vu… L’un des policiers est en train de téléphoner pour demander du renfort. Le salon est en effervescence comme jamais. On ne rigole pas avec les disparitions d’enfant.

Et voilà que, bâillant, Baptiste arrive, en pyjama. Voyant tout le monde affolé, il s’affole à son tour. Et s’il était arrivé quelque chose à Maman? Mais non, il la voit sur le canapé… A Thomas alors? Ou à l’adorable petite peste d’Irène???

Maman le voit. Elle crie son nom… « Baptiste, tu es là, mon chéri! » Elle se précipite vers lui et le serre dans ses bras. Elle rit et elle pleure en même temps. Papa les rejoint et lui aussi, il serre son fils dans ses bras. Baptiste en est sûr maintenant, il est arrivé quelque chose de très grave. Peut-être à Irène et à Thomas en même temps???? Peut-être que Papa et Maman n’ont plus que lui, ce qui expliquerait pourquoi ils le serrent si fort.

L’un des policiers s’approche… Bon, c’est lui, le petit disparu?? Papa est honteux… mais il doit bien avouer que Baptiste est bien là en chair et en os… et en pyjama… Les policiers sont heureux que l’histoire finissent bien… mais un peu énervés d’avoir été dérangés pour rien. Ils quittent la maison.

Papa, Maman et Baptiste se retrouvent à la cuisine. On rit, on s’embrasse, le soulagement est palpable. Papa et Maman, chacun leur tour, appellent au travail pour rassurer les collègues qui les ont vu partir dans la précipitation.

Autour d’un bon bol de chocolat chaud, avec des biscuits même si ce n’est pas jour de fête, on reconstitue le puzzle de la matinée.

Maman a réveillé Baptiste, qui, contrairement à son habitude, ne s’est pas levé pour partir tout de suite, mais s’est retourné pour fuir la lumière du jour… et s’est rendormi. Thomas s’est levé et quand il est arrivé dans la cuisine, il a cru que son frère était déjà parti et ne s’en est pas soucié. Papa est parti avec Irène sans réaliser que Baptiste n’était pas parti…

… quelle aventure dans la famille ce matin-là!

C’était il y a dix jours maintenant. Depuis, Papa se lève rapidement, parfois même avant le départ de Maman. Il surveille les enfants et s’assurent qu’ils prennent tous le chemin de l’école… Combien de temps va-t-il pouvoir faire cet effort-là??

Voili, voilà, une petite nouvelle pour la cour de récré de Jill Bill.

Hermione

Hermione en a marre… Ras-le-bol. Par-dessus la tête. Sa claque. Sa dose. Plein les bottes. Jusque là. Assez. Et même plus qu’assez. La coupe est pleine…

De quoi se plaint-elle, osez-vous demander?

Hermione se plaint de… de… de s’appeler Hermione.

En 1977, ses parents ont choisi ce prénom, ils ne savent même plus très bien pourquoi. En tout cas ni en souvenir de la Fayette, ni en pensant à la fille éponyme de Ménélas et d’Hélène. Ils l’ont appelée comme ça… parce que ça leur plaisait, voilà tout. Comment avez-vous choisi le prénom de vos enfants, vous?!

Quand elle était enfant, cela ne lui a posé aucun problème. Elle épelait gaiement son prénom chaque fois qu’on le lui demandait, d’abord avec une certaine fierté de savoir toutes ces lettres, et puis avec la facilité que confère l’habitude. Elle le faisait même sans y réfléchir, chaque fois qu’elle donnait ses coordonnées.

Et puis… et puis un jour, ce fut en 2001, pour la première fois, quelqu’un lui demanda: « comme dans Harry Potter? » « Harry qui? Harry quoi?… je ne sais pas… vous faites certainement erreur… » Et puis… et puis, elle n’a plus eu besoin d’épeler. Aujourd’hui, grâce à Madame Rowling, qui, elle, n’a pas eu la délicatesse de donner son prénom mais seulement des lettres mystérieuse, JK, par lesquelles la presse la désigne toujours, JK Rowling, donc, a eu l’ingénieuse idée de donner son prénom à elle à l’héroïne de son roman… Et voilà que son prénom chéri, si rare, si agréable à entendre, à nul autre pareil, s’est retrouvé à tous les coins de rue… Des bébés. Des chiens. Des lapins nains… sans compter le nombre de conversations entre adolescents boutonneux… Hermione Granger par-ci, Hermione Granger par-là…

Elle pensait que cela se tasserait. Que nenni. Après le succès des livres sont sortis les films. Et vlan, c’était reparti pour un tour. Après le succès des films, il y a eu des jeux. Et vlan, c’était reparti pour un troisième tour. Ensuite de quoi Hermione se crut tranquille. C’était sans compter les tours de magie de l’apprenti sorcier… Paf, voilà-t’y-pas que les fameux adolescents boutonneux étaient devenus parents à leur tour et avaient donné naissance à des enfants… qui étaient à leur tour passionnés de magie, tout moldus qu’ils fussent

Vraiment, elle n’en peut plus. C’est invivable. Surtout depuis qu’elle a rencontré un garçon formidable l’été dernier sur une plage de Cornouailles. Il est beau et lui plaît terriblement. Coup de foudre réciproque, les tourtereaux se sont mis en ménage. Maintenant, elle hésite à l’épouser. Il faut dire que lui, il s’appelle Ronald (et son frère Harry, ça ne s’invente pas…) alors… on met une chouette sur le faire-part???

Voili, voilà, une nouvelle plus allègre que la dernière! … et une invitation à lire Harry Potter si vous ne l’avez pas encore fait.

Léger

Léger, c’est le prénom que deux parents éplorés ont choisi pour leur enfant.

Deux parents éplorés, parce que Léger s’en est allé. Il ne pèse que quelques grammes… mais son empreinte dans leur vie, elle, pèsera chaque jour son poids.

Léger s’en est allé, au bout de 5 mois de grossesse. Il n’était pas fait pour la vie, ou la vie n’était pas faite pour lui. Quoi qu’il en soit, ses parents ont « fait le choix » de laisser partir ce bébé qui n’aura pas d’existence. Il ne sera pas dans leur livret de famille. Il n’aura pas de sépulture. Il ne restera de lui que quelques échographies troubles et le souvenir de ses parents. Souvenir de la joie ressentie à la découverte de sa présence. Souvenir d’avoir vu le cœur de leur tout premier enfant battre. Souvenir de l’émotion.

Léger s’en est allé, et ses parents lui souhaitent une vie plus belle que celle qu’il aurait pu vivre s’il avait été un enfant « normal ». Une vie plus belle parce que la vie après la mort, comme on dit, est une vie sans souffrance… La vie après la mort… Pour Léger, cela aura plutôt été la mort avant la vie.

Un enfant qui a perdu ses parents, c’est un orphelin, mais des parents qui ont perdu un enfant n’ont pas de nom…

Voili, voilà, une nouvelle un peu franchement triste… franchement proche de ce que j’ai pu vivre… Un petit Léger qui ne se rendra jamais dans la cour de récré chez Jill Bill!

Et, avant de vous quitter, une magnifique chanson de Linda Lemay, que j’ai un peu paraphrasée dans ma dernière formule. Bien sûr, ça fait un peu cliché… mais ça correspond vraiment à une réalité!

Charlotte

– Demain, c’est Noël, demain, c’est Noël, demain, c’est Noël! clame Charlotte tout au long de la journée…
– Non, reprend Maman, demain, c’est la veille de Noël.
– Ben alors, quand est-ce qu’il vient, le Père-Noël?
– Eh bien, il vient la nuit entre la veille de Noël et Noël, la nuit du 24 au 25 décembre.
– Et j’ouvrirai mes cadeaux le 25??
– Ben oui.
– Bon, alors j’en garderai un pour Abraham de ma classe, parce que lui, il n’en aura pas, parce qu’il est pas gentil.
– Comment ça, il n’est pas gentil?
– Ben oui, il est pas gentil, parce qu’il est juif.
– Mais, Charlotte, tu aimes beaucoup Abraham, tu es tout le temps en train de jouer avec lui, et tu ne le trouves pas gentil, juste parce qu’il est juif??? Qui t’a mis en tête une idée pareille?
– C’est la dame du catéchisme.

Maman est perplexe. Chrétienne convaincue, pratiquante, elle envoie sa fille au catéchisme en dehors de l’école, mais si c’est pour l’entendre proférer de telles horreurs, c’est sûr, sa fille ne continuera pas. Immédiatement, elle téléphone à Sophie, la catéchiste.

– Sophie, ce que j’ai à te dire est un peu délicat, surtout si près de Noël, mais j’aimerais que Charlotte arrête le catéchisme. Je ne supporte pas l’anti-sémitisme que tu répands dans tes cours. D’autant qu’Abraham, le meilleur ami de Charlotte, est juif lui-même.

Sophie reste sans voix. Elle ne voit pas de quoi parle la maman de Charlotte. C’est vrai que dans le Nouveau Testament, les juifs n’ont pas toujours le beau rôle, mais elle essaie toujours de faire comprendre aux enfants le sens caché des textes. Elle réfléchit aux dernières leçons… Vraiment, elle ne trouve rien à se reprocher qui puisse être vu comme de l’anti-sémitisme. Elle propose une entrevue entre le prêtre, la maman (et le papa aussi s’il désire venir), Charlotte et elle-même, Il est important de tirer cette histoire au clair. Rendez-vous est pris, après les vacances de Noël.

Mercredi 6 janvier, voici réunis Charlotte, la maman, le papa, l’Abbé Gilles et Sophie. Personne n’est très à l’aise…

Sophie commence la discussion, demandant à Charlotte de s’expliquer. Avec naturel, la petite fille rappelle la visite à l’exposition sur Saint-Paul, et les explications de Sophie. Paul est l’apôtre des gentils. Les gentils, ce sont les gens qui viennent des autres nations, qui ne sont pas juifs, ce sont les goyaves, précise-t-elle même. Donc les juifs ne sont pas gentils. Mais elle aime beaucoup Abraham, même-s’il-n’est-pas-gentil-parce-qu’il-est-juif. Charlotte est très fière d’avoir si bien retenu la leçon.

Le soulagement se peint sur les traits de Sophie. L’Abbé Gilles réprime un fou-rire. Mais les parents, eux, restent furieux.

Sophie et l’Abbé se donnent la peine d’une rapide leçon de catéchisme aux parents. L’Abbé précise même que la seule erreur dans l’exposé de Charlotte est d’avoir parlé de goyaves, il s’agit en fait du mot hébreux Goyim גוי.

Les parents sont rassérénés en comprenant leur erreur. Sophie et l’abbé sont heureux de constater qu’il ne s’agissait que d’un mal-entendu. Et Charlotte est la plus heureuse des petites filles de pouvoir rester amie avec Abraham-le-pas-Gentil!

Voili, voilà, une nouvelle recrue pour la cour de récré chez Jill.

Abraham

Cher Père-Noël,

Pour Noël, je voudrais simplement fêter Noël.

Tu sais, quand j’arrive à l’école en janvier, tous les autres enfants parlent de ce qu’ils ont reçu. Et moi, tu ne passes jamais chez moi, je ne reçois jamais rien.

Peut-être que t’as pas mon adresse: donc je m’appelle Abraham Vicklo, et j’habite au 17 allée des Cerisiers à Mialet.

Faut dire que chez moi, y’a pas de sapin, y’a pas de guirlande, y’a pas non plus d’enfant Jésus qui dort dans de la paille. C’est peut-être pour ça que tu viens pas.

Ou alors, tu m’as pas dans tes fichiers parce que je t’ai jamais écrit… C’est donc chose faite.

Moi, j’ai des cadeaux pour mon anniversaire, pis à Hanoukkha aussi…

Bon, cher Père-Noël, j’espère quand même que tu vas passer cette année!!!

Abraham.

Voili, voilà un petit Abraham un peu fâché, quand même, que l’homme en rouge ne vienne pas le voir… Jill, tu lui expliques un peu pourquoi?

Travail d’éthique – bis

Il y a quelque temps, je vous avais montré une page et j’avais sollicité votre avis quant à l’intégrer au travail d’éthique que je devais rendre. Je ne savais pas trop qu’en faire réellement; j’avais mis en parallèle différentes traductions du verset biblique sur lequel je basais mon travail. J’ai intitulé ce devoir « A l’heure de la surpopulation mondiale, comment entendre l’appel de la Genèse « Croissez, multipliez » (Genèse 1, verset 28) »

Après avoir tergiversé, j’ai détruit cette page, et je m’en suis inspirée pour faire la page de garde de mon travail, comprenant le titre et toutes indications utiles… et bien sûr que je me suis loupée sur la reliure, j’ai donc ajouté une bande à gauche pour cacher la misère de ma perforation loupée, mais je n’ai pas re-numérisé après…

Bourgeon créatif_défi page_octobre 2015_Coffee Scrap

Si quelqu’un est intéressé à le lire, mon texte est à disposition sur simple demande.

Mon travail a été accepté par mon prof, qui m’a fait quelques remarques fort intéressantes, me signalant des pistes que je n’avais pas explorées, et de tels compliments que j’ai rougi jusqu’aux oreilles! Cela valait la peine de m’investir autant pour ce résultat.

Voili, voilà, je voulais partager cette bonne nouvelle avec vous.

Le moins que l’on puisse demander à une sculpture, c’est qu’elle ne bouge pas – Dali

Thomas était ce qu’on appelle un drôle de type, un mec bizarre, un hurluberlu, un marginal… Bref, le genre de gars qui vit seul, habité par ses passions et la boisson… Longtemps, Thomas ne se maria pas, aucune femme n’ayant eu envie de devenir en un seul OUI femme de ménage de l’atelier, modèle, cuisinière, infirmière pour les doigts ayant pris un coup de marteau de trop, commissionnaire pour aller acheter tantôt un burin, tantôt des réserves de vin, avocate qui entreprend des négociations avec l’huissier sonnant à la porte, diplomate avec les voisins qui se plaignent du bruit incessant durant la nuit…

Mais un jour, Chantal, un brin originale elle aussi, tomba sous le charme de cet olibrius pour lequel sa cousine posait de temps à autre. La voilà qui échafaude des plans pour séduire l’artiste… et en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, ils sont mariés. Thomas est fasciné par la plastique de son affectueuse épouse et ne se lasse pas de la caresser, de la dessiner, de la sculpter. Une superbe statue de Chantal sortant des eaux trône du reste dans leur jardin, à côté des artichauts en fleur.

La vie n’est pas facile tous les jours, souvent, on manque de beurre dans les épinards, quand ce ne sont pas les épinards eux-mêmes qui font défaut. De cette union naissent trois garçons. Quand ils n’ont que quelques jours, Thomas les sculpte. Leurs statues sont toujours dans le patio. Ce sont les seuls bébés qu’il ait sculptés dans sa vie. Bon an, mal an, la famille est heureuse. Les enfants grandissent. Le temps s’écoule.

Malgré tout son amour pour Chantal, Thomas n’a jamais pu renoncer à ses habitudes de vieux garçon et surtout à ses aventures sans lendemain. Parfois, c’est juste une tendre amie, très chère, très intime, qui se contente de prendre toute la place dans sa vie, éclipsant Chantal et les garçons. D’autres fois, c’est une femme qui l’attire subitement et dans le lit de laquelle il passe quelques heures… Chantal ferme les yeux. Elle le sait – mais elle sait surtout que ni les cris, ni les scènes, ni les bouderies ne feront changer son mari. Si elle lui disait qu’elle le quitte s’il maintient un tel comportement, il la laisserait partir plutôt que de faire l’effort de changer. Alors elle se tait. Elle ne s’en fiche pas, non, loin s’en faut. Chaque nuit qu’il passe ailleurs est comme un coup de poignard pour elle. Finalement, elle se fiche de savoir s’il discute, boit, fume ou s’envoie en l’air. C’est son absence qui lui pèse. Et le fait aussi qu’elle sait que s’il peut parler des nuits entières à d’autres femmes, avec elle, son cœur reste toujours muet. Ce sont les sombres nuits qu’elle passe à pleurer sur son sort, même si sa raison lui dit bien qu’elle ne fait rien pour que cela soit différent.

Les choses finissent toujours par changer, mais pas toujours de la manière qu’on a peu imaginer.

Un jour, elle voit dans son atelier deux jolies sculptures de deux bébés qui se ressemblent comme deux gouttes d’eau. Elle s’interroge mais ne demande rien. C’est le deuxième de leur garçon qui pose la question… Et là, Thomas, le plus naturellement du monde, explique que ça tombe bien que la question soit posée, car il ne savait comment l’aborder. Ces deux petits poupons sont ses filles, des jumelles nées la semaine précédente. Chantal s’assied. Sa tête tourne. Le ciel lui tombe sur la tête. Jamais elle n’a imaginé qu’une pareille chose pourrait arriver. Qu’il la trompe, soit, mais elle pensait au moins que c’était des histoires sans suite… Cette suite-là, elle va durer toute la vie !

Thomas lui demande de l’accompagner pour lui montrer un jardin. Elle bout intérieurement. Il l’a trompée, il est devenu père, il ne lui dit rien et l’emmène simplement voir un jardin. Cela semble tellement important pour lui qu’elle le suit. Il faut dire que le choc psychologique l’a laissée sans volonté. C’est le jardin d’une jolie maison de maître, au sud de la ville. Il lui montre deux arbres, ce sont des épicéas bleus du Colorado. Ils sont petits encore, mais vont grandir. Il lui explique cela. Elle se tait – c’est ce qu’elle a toujours fait! Elle écoute son couplet sur les arbres qui poussent… Et puis, il en vient au fait. Ces deux arbres, c’est Emilie qui les a fait planter. Emilie, c’est la propriétaire de la maison, du jardin. Et c’est aussi la mère des jumelles. Il est démuni, il doit maintenant faire un choix. Il essaie de lui expliquer: après tout, les deux petites filles auront besoin d’un père en grandissant, il faut qu’il soit présent à leurs côtés. Chantal a envie de hurler. Et leurs enfants, leurs fils, n’ont-ils pas besoin d’un père qui les guide et les épaule? Et elle, n’a-t-elle pas besoin d’un mari sur lequel se reposer?

Mais a-t-elle jamais pu se reposer sur lui? lui souffle une petite voix intérieure. Doucement, elle pleure, en silence, sans se plaindre ni l’accabler de reproches. Elle pleure ses rêves brisés d’une famille harmonieuse, d’un mariage cœur à cœur, d’une union complice, d’une vie réussie.

Thomas trouve que Chantal n’a plus rien à voir avec la jolie jeune femme pleine de vie qu’il a sculptée des années plus tôt. Ses formes ont changé, son caractère aussi, et même son visage. Son regard riant s’est fait maussade. Son corps parfait s’est décharné. Son caractère s’est aigri. Le temps a fait son oeuvre, comme on dit… Il choisit Emilie, fraîche, pleine d’entrain, et les jumelles…

Et Chantal reste seule avec les garçons, observant avec nostalgie la belle statue d’elle que Thomas a sculptée et qui n’a pas vieilli, elle… Elle se souvient que « le moins que l’on puisse demander à une sculpture, c’est qu’elle ne bouge pas« , comme le disait Dali. Une autre citation, de Jean d’Ormesson, lui revient aussi « la beauté est un mystère qui danse et chante dans le temps et au delà du temps« .

Voili, voilà, une nouvelle un peu morose… Mais je ne suis pas très bien dans ma tête, aujourd’hui! Elle participe au défi « Imagecitation » de Jazzy.

Eurydice

Aujourd’hui, c’est le 8 décembre. En Valais, c’est un jour férié, car c’est le jour de l’Immaculée Conception.

Eurydice, comme toutes les petites filles de son âge, est bien contente de rester à la maison en ce mardi de début d’hiver…

Au milieu de l’après-midi, elle s’approche de sa mère, avec beaucoup de douceur…

– Maman, j’aimerais prier avec toi…
– Prier ma chérie? La mère est interloquée, ce n’est pas une pratique courante à la maison!
– Oui, j’aimerais prier Marie.
– Eh bien, comme tu voudras, ma petite Eurydice…

Mère et fille s’agenouillent sur les coussins du salon, convertis pour l’occasion en coussins de prière.

Eurydice ferme les yeux avec ferveur. Sa mère entame un Ave Maria, repris par l’enfant.

Puis la mère prie à haute voix, demandant à la Sainte-Vierge d’intercéder pour tous ceux qui ont faim, tous ceux qui sont victimes d’injustice, tous ceux qui subissent les guerres…

Eurydice enchaîne, comme elle l’a appris à la catéchèse: tous ceux avec qui on est méchants, tous ceux qui sont tristes, tous ceux qui sont seuls… Et puis, Marie, mère de Jésus, je veux te prier pour te remercier.

Là, Maman s’étonne… pourquoi remercier Marie précisément?

Et Eurydice de répondre: « Ben, parce que si qu’elle n’aurait pas existé, on n’aurait pas congé aujourd’hui! »

Voili, voilà. Eurydice est vraiment un prénom que je trouve adorable… Je crois que je n’ai pas fait assez de filles pour leur donner tous les prénoms qui me plaisent!